Fred Deux et Cécile Reims sont deux artistes majeurs ayant traversé le siècle et croisé les plus grands noms de l'art et de la littérature. Rescapés des démons et de la folie de la 2è Guerre Mondiale, ils portent à jamais dans leur œuvre cette ombre indélébile, avec une inépuisable puissance créatrice.
Synopsis
Fred Deux et Cécile Reims sont deux artistes majeurs ayant traversé le siècle et croisé les plus grands noms de l'art et de la littérature. Rescapés des démons et de la folie de la 2è Guerre Mondiale, ils portent à jamais dans leur œuvre cette ombre indélébile, avec une inépuisable puissance créatrice.
C'est un grand moment de cinéma avec de belles personnes. Le cinéaste fait transparaître l'âme des deux artistes dans un portrait pur dont se dégage l' essentiel.
nottetempo
Voir ce que devient l'ombre
C’est toujours intriguant quand un cinéaste se propose de cheminer avec d’autres artistes, d’autres arts, et en l’occurrence Supprimer le fichier une autre génération. Quelle nécessité a-t-il à les fréquenter ? Pourquoi eux ? Quel rapport avec les oeuvres ? Comment rendre compte de la création ? Face à ces questions, au fond souvent trop lourdes pour faire un film, Matthieu répond par le cinéma. Il regarde les visages, il observe les mains, il écoute les silences, il ne force ni les regards ni les confidences, il donne le temps aux oeuvres pour être vues, il baigne visages et oeuvres dans une lumière chaude, rassurante. Il a confiance. Tout au long du film, sa confiance est inébranlable. Elle permet à Cécile Reims et Fred Deux de faire le bilan de leurs vies comme on raconterait une histoire, simplement, intimement, pudiquement, tranquillement. Elle nous permet, à nous spectateurs, d’être réceptif à la question, pourtant aride, du sens de notre existence. Il se dit dans ce film des choses essentielles sur la création, sur les amitiés qui comptent dans une vie, sur la maternité, sur la maladie, sur la mort, sur la nature, sur l’histoire du vingtième siècle… Et peut-être surtout sur l’amour. Toutes ces choses, Cécile et Fred les racontent en travaillant le cuivre, la peinture, la gravure, la matière. Parfois aussi en réfléchissant devant nous, les yeux mi-clos, le visage incliné vers leurs ouvrages. Ou en lisant des textes, écrits autrefois ou récemment. Des paroles vraies, jamais de discours, encore moins de leçons. Puis les mots s’arrêtent. Fred nourrit les oiseaux. Cécile photographie les arbres. Et nous aussi, nous marquons une pause pour que se décantent les paroles. Ce « face à face avec soi », dont parle Cécile pour décrire l’acte créatif, le film l’offre au spectateur. En ces temps où l’on estime le spectateur si volage qu’on force les sons et accélère les images pour mieux le retenir, c’est tout simplement formidable. Et c’est par ce temps et cet espace qui nous sont donnés que nous pouvons regarder l’étoile jaune que Cécile a portée, que nous pouvons écouter l’histoire de l’oncle fou de Fred qui dessinait des têtes de chiens sur les façades des immeubles, que nous pouvons les voir préparer leurs cartons à destination d’un fonds d’archives. La première séquence, superbe dans son absence de couleurs, montre les deux artistes seuls, au milieu de leurs oeuvres qui viennent d’être exposées. Puis un jeune homme écrit au pochoir leurs noms, Cécile Reims et Fred Deux, en lettres noires sur un mur blanc. Des pleins et des creux comme l’histoire que Matthieu nous invite à suivre. En faisant naître la couleur. En ne quittant plus la maison où Cécile et Fred vivent et travaillent aujourd’hui. Jusqu’à la dernière séquence, où soudainement Matthieu les quitte. Il va tout seul là où ils ne peuvent plus aller à cause de l’âge. Au village de Lacoux où ils ont vécu, où la montagne, ses sons, ses odeurs, la neige, l’altitude, ont rempli leurs vies et inspiré leurs oeuvres. Là où Fred, en regardant une photo ancienne, admire la beauté de Cécile. Geste magnifique d’un cinéaste qui inscrit là sa propre nécessité sans pour autant écarter ses personnages, sans les spolier de leur cheminement. Matthieu découvre Lacoux. Cécile n’a jamais revu Jérusalem. Fred rêve dans la nuit bleue de son jardin. Et nous, nous avons de nouveaux compagnons pour poursuivre la route. C’est sans doute ce que Matthieu était allé chercher
Votre commentaire