Tout en délicatesse, Eva Victor choisit la distance formelle dans sa mise en scène : un plan fixe sur une maison, une porte fermée, le soleil qui se couche, puis Agnès qui sort de la maison, lacets défaits. La même distance se retrouve dans les mots des protagonistes, vagues et flous, qui refusent de nommer l'innommable. Loin de faire du hors-champ et de l’ellipse un évitement de son sujet, la réalisatrice livre une représentation réaliste et sensible de la brutalité qui se joue parfois derrière les portes closes des maisons ordinaires.

 

Evitant tout cliché et toute velléité psychologisante, Eva Victor rappelle que la violence et le traumatisme n’ont pas à être le moteur narratif d’une histoire - ni celui d’une existence. Car c’est dans les respirations, les rires, les retrouvailles et les rencontres, contrepoints du déni et de l’incompréhension des institutions universitaires et médicales, que Sorry, Baby laisse éclore sa véritable lumière. Miroir négatif de la maison du professeur, la demeure d’Agnès devient un espace de réappropriation et de reconstruction, où peut se recomposer doucement ce que l’autre a fracturé, derrière les portes closes.