En s’inspirant de sa propre vie, Titus Kaphar met en images la vie de Tarrell, artiste en pleine ascension, confronté au retour de son père, figure du passé à la fois absente et abusive, désormais en quête de rédemption. 

Le peintre-réalisateur, tout comme son personnage, convoque sur ses toiles aux couleurs vives les fantômes d’un passé marqué par la violence paternelle. Les propres œuvres de Kaphar prennent alors tout leur sens. Celui de l’art comme dispositif mémoriel permettant de décomposer, réassembler et rejouer les traumatismes passés, en les fixant à la fois sur la toile, mais aussi à l’écran.  

Pour autant, la bataille psychique à l’œuvre dans le travail du peintre ne débouche pas sur une catharsis qui permettrait d’exorciser le passé et de pardonner, de tourner la page. Car en effet, comment tourner une page alors qu’on l’écrit, la peint encore ? Les cauchemars du personnage et son incapacité à communiquer le prouvent. 

En prenant à rebours le motif romantique de l’art comme exutoire salvateur, Titus Kaphar montre que le geste artistique, s’il permet de matérialiser le traumatisme, demeure un processus inachevé, une tentative désespérée de saisir l’insalissable. Si la mémoire peut être peinte et exposée, le pardon doit, lui, être vécu - ou refusé. Mais toujours confronté en face, hors de la toile.